II. Chromatographie (1) : Aspects généraux
1. Introduction :
La chromatographie est un procédé physico-chimique de séparation des constituants d’un mélange homogène liquide ou gazeux. Cette méthode a un très grand domaine d’applicabilité et par suite se trouve très répandue. Aucun laboratoire analysant des composés moléculaires ne peut ignorer la chromatographie.
2. Historique :
Certains attribuent l’invention de la chromatographie à Runge en 1855 : il eut en effet l’idée d’utiliser les propriétés de diffusion d’un papier absorbant pour séparer les constituants d’une solution. Mais le nom de chromatographie (dérive du mot grec khrôma qui signifie couleur et graphien qui signifie écrire « écrire en couleur ») est apparu beaucoup plus tard, en 1906 exactement, et c’est au botaniste russe Michel Tswett qu’on le doit.
En 1903, Tswett eut l’intuition de filtrer de la chlorophylle en solution dans l’éther de pétrole à travers une colonne remplie de craie (CaCO3) finement pulvérisée, et observa que les composants se déposaient de haut en bas dans la colonne, en formant des zones colorées bien séparées.
Cette découverte n’eut pas immédiatement les prolongements que l’on pouvait en attendre. La chromatographie a en effet été redécouverte entre 1930 et 1940 et elle connaît depuis un développement continu. Actuellement, certains types de chromatographe permettent la détection de quantités aussi infimes que des parties par billion (ppb) de composés.
- la chromatographie sur couche mince (CCM) (1938). (TLC : Thin Layer Chromatography).
- la chromatographie sur papier (1944).
- la chromatographie en phase gazeuse (CPG) (1952). (GC : Gas Chromatography).
- la chromatographie sur gel (1959).
- la chromatographie liquide à haute pression (CLHP) (1967). (HPLC: High Pressure Liquid Chromatography).
3. Définition générale :
La chromatographie est une méthode de séparation des constituants d’un mélange, dans le but d’identifier ou de quantifier des composés au sein d’échantillons divers. Le principe de base repose sur les équilibres de concentration qui apparaissent lorsqu’un composé est mis en présence de deux phases non miscibles (phase fixe dite stationnaire et phase mobile).
4. Buts de la chromatographie :
On peut distinguer deux objectifs principaux:
4.1. Objectif analytique :
Il s’agit d’identifier des solutés qualitativement et/ou quantitativement. L’échantillon est analysé par comparaison avec des substances déjà connues dans l'échantillon ou par comparaison avec les résultats de l'analyse d'une solution-étalon (solution commerciale contenant des substances connues, à des concentrations bien connues). Ces substances servent de références et permettent d'identifier ou de doser chaque espèce par comparaison des vitesses de séparation (et éventuellement d'autres renseignements donnés par la détection).
4.2. Objectif préparatif :
On se contente de séparer les fractions, de les récolter pour les identifier par d'autres techniques.
5. Principes fondamentaux :
L’expérience de base en chromatographie peut être décrite comme suit (Chromatographie sur colonne):
1. On immobilise dans une colonne un solide finement divisé appelé phase stationnaire.
2. On place au sommet de cette colonne un petit volume de l’échantillon à séparer.
3. On force cet échantillon à traverser la colonne de haut en bas au moyen de la phase mobile afin d’entraîner ses divers constituants. Si les composés présents migrent à des vitesses différentes, ils pourront être recueillis séparément, chacun en solution dans la phase mobile.
Quel que soit le genre de chromatographie effectué, la séparation des composés d’un mélange est basée sur la distribution différente de ces composés entre une phase stationnaire et une phase mobile. Les composés seront séparés uniquement si certains d’entre eux sont plus fortement retenus par la phase stationnaire, pendant que les autres se déplacent plus rapidement au sein de la phase mobile.
5.1. La phase stationnaire et ses supports :
La phase fixe peut être solide ou liquide. Ils peuvent être employés comme :
- remplissage d'une colonne (HPLC)
- étalés en couche mince sur une plaque de verre, d'aluminium ou sur une feuille de matière plastique (CCM)
- un liquide imprégnant un support solide
- une chaîne carbonée fixée sur un support (phase greffée).
- adsorbés sur papier de la cellulose (C. sur papier)
- constituée d'un liquide peu volatil et thermiquement stable imprégnant un granulé poreux (CPG).
5.2. La phase mobile et son déplacement : se déplace à travers la phase stationnaire, en entraînant les analytes. La phase mobile ne doit pas interagir avec la phase stationnaire mais uniquement avec les analytes.
La phase mobile est:
• soit un gaz (CPG): la phase mobile est appelée gaz vecteur ou gaz porteur.
• soit un liquide (ex: c. sur papier, CCM ou sur colonne): la phase mobile est appelée éluant.
6. Classification des techniques chromatographiques :
Il existe de nombreux types de chromatographie ; on peut notamment les classer selon :
La nature de la phase mobile on distingue:
- la chromatographie en phase liquide CPL
- la chromatographie en phase gazeuse CPG
- la chromatographie en phase supercritique CPS
La nature de la phase stationnaire on distingue:
- la chromatographie gaz / solide CGS
- la chromatographie gaz / liquide CGL
- la chromatographie liquide / solide CLS
- la chromatographie liquide / liquide CLL
Les interactions développées par la phase stationnaire :
- la chromatographie d'adsorption
- la chromatographie de partage
- la chromatographie à échange d'ions
- la chromatographie d'exclusion
- la chromatographie d'affinité
7. Nature des phénomènes:
Il existe en chromatographie plusieurs phénomènes physiques responsables de la rétention plus ou moins forte des composés sur la phase stationnaire. Généralement, on distingue cinq types de phénomènes que nous allons étudier successivement:
7.1. Phénomène d’adsorption
Le phénomène d’adsorption est essentiellement un phénomène de surface par lequel les composés sont attirés sur les sites actifs de la phase stationnaire par des liaisons hydrogènes et électrostatiques. La phase stationnaire est un matériau solide en forme de petits granules de différentes grosseurs; les plus utilisées sont le gel de silice, l’alumine et la cellulose en poudre.
- Influence de la polarité des composés
En chromatographie d’adsorption, la capacité d’adsorption des composés sur la phase stationnaire est en relation directe avec leur polarité. Plus un composé est polaire plus fortement, il sera adsorbé sur les sites actifs de la phase stationnaire et moins vite il se déplacera.
Adsorbants:
Le gel de silice et l'alumine sont les adsorbants les plus utilisés. En général, plus un adsorbant est actif, plus il retient fortement les composés polaires. Il est cependant possible de traiter un adsorbant pour modifier ses capacités d'adsorption et ses propriétés:
Plus la teneur en eau d'un adsorbant est faible (ce qui a pour conséquence la présence d'un plus grand nombre de sites d'adsorption pour le soluté), plus il est polaire ou actif.
Généralement, on utilisera de préférence l'alumine pour séparer des solutés basiques comme les amines et le gel de silice pour les phénols et les acides car les solutés acides sont fortement adsorbés par l'alumine alors que les solutés basiques le sont par la silice.
- Influence de la polarité de la phase mobile
Lorsqu’on exploite le phénomène d’adsorption en chromatographie, la polarité de l’éluant a une influence considérable sur la vitesse de déplacement des composés d’un mélange. Plus l’éluant est polaire, plus les composés se déplacent rapidement. En effet, l’éluant est également adsorbé sur les sites actifs de la phase stationnaire et entre en compétition avec les composés du mélange.
Phase mobile:
Le pouvoir éluant d'un liquide dépend de sa propre polarité. Les liquides classés ci-dessous le sont par polarité croissante. On obtient ainsi une série éluotropique. (éther de pétrole < cyclohexane < tétrachlorométhane < trichloréthène < toluène < benzène < dichlorométhane < éther diéthylique < trichlorométhane < éthanoate d'éthyle < pyridine < propanone < propan-1-ol < éthanol < méthanol < eau < acide éthanoïque).
7.2. Phénomène de partition :
Dans une chromatographie de partition, la phase stationnaire est non pas un solide, mais un liquide fixé physiquement ou greffé chimiquement sur un support solide. Les composés d’un mélange vont donc se solubiliser dans la phase liquide stationnaire, au lieu de s’y adsorber. C’est la solubilité différente des composés dans la phase stationnaire et dans la phase mobile qui rend la séparation chromatographique possible.
Influence de la solubilité des composés
- Dans la phase stationnaire :
Plus un composé est soluble dans la phase liquide stationnaire, moins vite il se déplacera.
- Dans la phase mobile :
Plus un composé est soluble dans la phase mobile, plus vite il se déplacera.
Le facteur principal qui intervient est le coefficient de partage entre chaque phase. On peut séparer des solutés dont les coefficients de partage entre les deux phases sont différents. Un autre facteur qui intervient est la polarité de la phase.
7.3. Chromatographie ionique:
La phase mobile est une solution tampon aqueuse et la phase stationnaire la plus courante est constituée de polystyrène sous forme de sphères de quelques micromètres de diamètre, lesquelles ont été chimiquement transformées en surface pour faire apparaître des sites ioniques. Ces phases permettent l'échange de leurs contre-ions mobiles avec des ions, de même signe, présents dans la phase mobile. La séparation repose sur les coefficients de distribution ionique entre les deux phases. La phase solide est une résine insoluble munie de groupes fonctionnels qui sont, habituellement, des groupes « acide sulfonique » (SO3H) pour les échangeurs de cations et « ammonium quaternaire » (N(R)3) pour les échangeurs d'anions.
7.4. Chromatographie d'exclusion:
La phase stationnaire est généralement un polymère poreux dont les pores ont des dimensions choisies en rapport avec la taille des espèces à séparer. On réalise une sorte de tamis à l'échelle moléculaire, dit à perméation sélective. Le coefficient de partition s'appelle dans ce cas le coefficient de diffusion. Cette technique est encore appelée filtration sur gel ou perméation de gel selon la nature de la phase mobile (aqueuse ou organique).
Le diamètre des pores est une caractéristique de chaque type de gel.
Un mélange de solutés de masses molaires variables traverse une épaisseur donnée de gel: les grosses molécules, celles dont le diamètre est supérieur à celui des pores, sont exclues et éluées les premières; les petites et moyennes molécules sont éluées plus tardivement, car incluses, leur migration est freinée en diffusant dans le gel.
La séparation est donc réalisée par le fait que les solutés sont élués dans l'ordre inverse des masses molaires.
7.5. La chromatographie d'affinité :
Cette technique, encore qualifiée de bio-chromatographie ou encore de bio-reconnaissance, permet de purifier presque toutes les molécules biologiques selon leur fonction ou leur structure chimique individuelle. Il s'agit d'une chromatographie d'adsorption dans laquelle la molécule à purifier est adsorbée spécifiquement de façon réversible sur un ligand immobilisé sur la phase stationnaire. Le facteur de purification est très élevé car l’énergie échangée est très élevée et résulte de l’établissement de nombreuses liaisons souvent de nature différente et coopératives